Sous les eaux de Chaboillez
Avec les dessins de l’auteur.
Ce roman graphique poétique retrace l’histoire fascinante d’un coin méconnu de Montréal : le carré Chaboillez, plaque tournante d’un quartier aujourd’hui mieux connu sous le nom de Griffintown. Espace public avorté et maltraité, ce lieu porte en lui les échos de deux siècles de transformations incessantes. À la croisée de trois faubourgs, d’anciens marais et de rivières ensevelies, il fût tour à tour refuge, carrefour industriel et terrain de jeu pour des promoteurs audacieux et avares, comme l’odieux personnage historique du livre, Séraphin Rodier. De l’arrivée du chemin de fer à l’ivresse des tavernes meurtrières de la Dow, des boulevards démesurés aux autoroutes souterraines, des inondations répétées aux incendies dévastateurs, cet impressionnant travail pictural inspiré, du réalisme poétique de l’illustrateur Gustave Doré et de Tardi, explore les traces et les absences d’un quartier qui n’a cessé de se réinventer.
Fruit d’un impressionnant travail d’illustration onirique inspiré de documents archivistiques d’époque et de gravures parfois partielles, Sous les eaux de Chaboillez d’Étienne Prud’homme superpose faits historiques et fiction en reconstituant le passé caché d’un Montréal urbain, rêvé et désenchanté.
les rivières enterrées dorment
parmi les vapeurs géantes
des livres de contes malheureux
la compagnie ne se retourne pas
devant le miroir sans tain
du secret bien gardé des opérations
à l’ombre de la Dow National Breweries
et de ses cuves faisant trois étages
qui aujourd’hui encore sommeillent démontées
envoyées et fondues
l’appétit du propriétaire terrien enterré se réveille
son spectre n’a jamais quitté
les sols spongieux et aux flaques taries
DANS LA PRESSE
À la fois poète, dessinateur et archéologue de la mémoire, l’auteur y ressuscite les spectres d’un lieu à la croisée de trois faubourgs, dans une composition fluide presque onirique. Derrière les décors d’un Montréal en clair-obscur, désenchanté, mais habité, surgit parmi d’autres la figure de Charles-Séraphin Rodier, politicien d’un autre temps, fin stratège des premières heures du capitalisme, qu’il exploite avec une voracité tranquille au service de ses ambitions. On déambule parmi les tavernes grouillantes, noyées de bruit et de fureur, l’œil aux aguets face aux crues imprévisibles, le souffle retenu devant les incendies qui, sans avertir, dévorent les vestiges d’un monde en perpétuelle réinvention.
Ismaël Houdassine, Le Devoir (24 mai 2025)
À la fin de ma lecture de Sous les eaux de Chaboillez , je n'ai pas eu la sensation de refermer un livre, mais de sortir d'une salle de cinéma après la projection d'un film d'animation d'une beauté rare et précieuse. Train d'images cousues de fils de soie fragiles par deux petites mains au doigté irréprochables. [...] Auteur, bédéiste et aquarelliste, l'auteur - des dessins comme des textes - est aussi charpentier, et son goût pour l'architecture et la mise en espace se ressent à chacune des pages. L'œuvre respire la patience, le labeur et le souci du détail.
Benoit Erwann, Lettres québécoises no 199 (novembre 2025)

