Vieillir est déjà une aventure. Et si un jour le cœur vacille, tout devient plus ténu, plus vibrant. Dans l’ombre portée de la mort, chaque matin redevient promesse : celle d’une ferveur renouvelée, d’un lien à ce qui soutient, apaise ou bouleverse. Dans J’aurai cent ans, Hélène Harbec poursuit une traversée entamée depuis longtemps — celle de la solitude habitée, de la mémoire qui vacille et scintille, des élans du corps et des présences invisibles. Tout s’y tient au plus près : la lumière sur les armoires, un battement d’aile dans la poitrine, le souvenir d’un rêve, le souffle du vent dans le cou. Ce recueil prolonge une œuvre marquée par l’attention aux seuils — entre soi et l’autre, entre la matière et l’ineffable, entre le monde et son retrait. Et malgré les tremblements inédits, l’étonnement d’être vivante persiste.
Je m’invente
des ouvertures
et du vent
le train fend l’air du matin
je regarde défiler tout ce vert
comme si je devenais
un spectre en voyage
soulagé
du fardeau
être ici
crée
l’étonnement
je ne m’habitue pas
d’être vivante
d’habiter un corps
et j’y tiens
DANS LA PRESSE
La jeunesse, toute naïve du corps qu’elle porte et qui la porte, a souvent la chance d’avoir tendance à tenir la vie pour acquise. Dans le privilège de la vieillesse, quand le cœur perd le tempo, tout peut vaciller. C’est avec la mort en joue qu’Hélène Harbec offre cette trajectoire poétique entre les états du corps et de l’âme.
Laurie Bédard, Le Devoir (13 septembre 2025)
Même si Harbec suggère que son corps ne s'est jamais habitué à être vivant, elle inscrit la mort à venir dans une solidarité entre l'enfant de jadis et la personne âgée d'aujourd'hui. On pourrait ainsi considérer l'ouvrage comme une épitaphe choisie et non imposée par celles et ceux qui reste : « on n'a jamais fini / de commencer / à vivre».
Benoit Doyon-Gosselin, Lettres québécoises no 199 (novembre 2025)
J’aurai cent ans offre une poésie axée sur le vivant, sur ce qui vibre et fait vibrer en dedans. Chez Hélène Harbec la curiosité est chaleureuse, l’œil clairvoyant. Elle accorde son pouls au rythme du monde sensible. […] Il y a fusion entre la poète et les objets, oiseaux, éléments et paysages. De leur existence commune, se dégage la matière fondamentale de son écriture.
Alvina Lévesque, Lettre vagabonde (11 février 2026)