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Bleu désordre
Une tête radi[c]ale fracturée. Un fichier corrompu. Depuis ces brèches, Mimi Haddam compose un essai hybride où poésie, enquête clinique, pensée critique, études sur l’affect et autothéorie s’entrecroisent dans une matière instable. L’écriture y accueille les glissements, les lapsus, les erreurs et les failles, et interroge les dispositifs cliniques, les savoirs prétendument neutres ainsi que les régimes de visibilité qui décident quels corps sont vus, crus ou ignorés.
Dans Bleu désordre : une éthique des veilleuses, les douleurs intimes apparaissent dans leurs dimensions systémiques — elles circulent d’un organe à l’autre à travers les archives médicales et les diagnostics, et propulsent la pensée dans la pièce à conviction. Traversé par une constellation de présences ambiguës, ce livre refuse les injonctions à la résilience et imagine, depuis les fractures, des formes de justice sensibles et relationnelles.
Un essai poétique sur les corps illisibles, les ruines du langage et les solidarités qui naissent dans l’éclatement.
Avec une œuvre de Andes A. Beaulé en couverture.
Une à une, je rassemble les traces qui m’ont été arrachées d’un service médical à l’autre : rapports, scans, imageries. Je tente de déchiffrer les pièces de cette enquête dans l’espoir d’en déplacer le centre, d’en fissurer l’autorité. Et je pense : pourquoi mon coude, pourquoi « ma main », pourquoi « ma mâchoire », pourquoi « mes ovaires », pourquoi « mon ventre », pourquoi « mes poumons », pourquoi « mon sang », pourquoi « mes yeux » ? Comment ces zones corporelles — chargées politiquement, symboliquement, et historiquement —interrogent-elles le texte ? Que racontent-elles ? Que forment elles et que déforment-elles ? Elles mordent, crachent, grincent, tendent, soulèvent, se défendent. Elles refusent d’acquiescer passivement. Elles témoignent des ondes de choc, insurgées. Elles sont des points d’appui permettant à l’écriture d’ « opérer ».

