Aller aux corps
Avec une œuvre de Véronique La Perrière en couverture.
Petite, j’accompagnais souvent mon père lorsqu’il allait aux corps. Dans le sous-sol de la salle paroissiale de Saint-Benjamin, on s’assoyait sur les chaises placées devant le cercueil ouvert, et on prenait des nouvelles du monde au village.
Inspirée par les rites funéraires familiaux, Laurence Veilleux poursuit dans Aller aux corps une mythologie toute personnelle en secouant ses fantômes pour en récupérer la parole. À travers une poésie qui donne corps à la mémoire, une enfant confronte la mort en évoquant celle de son père, de sa grand-mère et d’Aurélienne, la première épouse de son père qu’elle n’a jamais connue, mais autour de laquelle gravitent blessures intouchables et non-dits. En déjouant l’univers hérité de sa famille sous le signe de la religion catholique et celui de la chasse, la poète dessine une nouvelle filiation, celle des insoumises, celle des sorcières qui entrent dans les cercueils et transforment la peur en matière vivante.
une fillette mime un cadavre
devant sa mère
retient une larme pour la douleur
une larme pour la ruse
un père enferme sa fille
au fond d’un cercueil
elle grandit
perchée dans la noirceur
DANS LA PRESSE
Laurence Veilleux continue à s’imposer comme une des voix importantes de notre poésie. Ne dit-elle pas : « mon chemin mène au pays des morts » ? Tout le recueil en est imprégné, sans fard mais sans drame, comme un convenu de la vie même, sans refus, sans angoisse, présenté comme objet d’enfance. [...] Il faut lire, parce que vrai, parce que toujours écrit parfaitement.
Hugues Corriveau, Le Devoir (26 octobre 2024)
On est dans un récit de filiation ; je dirais presque de filiation funéraire. Dans une alternance de poèmes et de tableaux, de poèmes et de fragments, Veilleux déroule ses fantômes […] Je trouve qu’on se recroqueville dans ses écrits. C’est d’une efficacité, d’une tristesse, c’est un livre qui est frontalement émouvant.
Maxime Desmeules alias « cellequiva » à l'émission Chéri.e, j'arrive! diffusée au 94.3 FM (CHYZ)
J’ai envie de dire de Laurence Veilleux que c’est une autrice qui rejoint. Son écriture est précieuse, d’une grande justesse, mais c’est aussi l’émotion qui atteint sa cible, parce que sa poésie est assez narrative. [Aller aux corps] c’est une histoire qui est sombre mais qui n’est jamais opaque. Donc c’est envoutant, et ce, malgré les sujets assez lourdement chargés qu’elle embrasse […] Elle négocie toujours cette gravité-là, avec un naturel propre à l’enfance [...] avec une apparente désinvolture.
Kristina Gauthier-Landry à l'émission Côte à Côte, sur ICI Première Côte-Nord ( 29 octobre 2024)
PRIX ET DISTINCTIONS
FINALISTE | Prix littéraires du Gouverneur général, catégorie « poésie » (2025)

